Fondé en 1961 par le Poète et Résistant, Jean-Pierre Rosnay, et animé par son fils Blaise, le Club des Poètes a pour vocation de "rendre la poésie contagieuse et inévitable" parce qu'elle est 'l'anti-polluant de l'espace mental", "le contrepoids et le contrepoison d'une existence qui tend à faire de nous des robots". Tous les soirs, du mardi au samedi, nous organisons des récitals au 30 de la rue de Bourgogne à Paris. Depuis 1996, sur Internet, vous pouvez découvrir les poètes que nous aimons, vous tenir au courant de l'agenda de nos soirées, découvrir notre podcast, communiquer avec nous et suivre au jour le jour toutes nos aventures poétiques. Bienvenue en Territoire de Poésie.
La poésie est vivante, vive la poésie.

Yvan Goll

Le Club
desPoètes

depuis 1961

Fondé en 1961 par Jean-Pierre Rosnay, et animé par son fils Blaise, le Club des Poètes a pour vocation de "rendre la poésie contagieuse et inévitable". Découvrez ici l'agenda de nos soirées, l'actualité de notre podcast, et une anthologie commentée des poètes que nous aimons.
30 rue de Bourgogne
75007 Paris
métro 13 Varennes

· UN POÈME · · UN POÈME ·
Fondé en 1961 par Jean-Pierre Rosnay et sa Muse et épouse, Tsou pour « rendre la poésie contagieuse et inévitable »

Du mardi au samedi
De 19h à 01h
Fermé dimanche et lundi
paris - 01 mars 2024 - page 6
histoire
Le centenaire de la mort de Rimbaud coïncide avec celui de la naissance d'Isaac Lang - qui deviendra Ivan Goll - le 28 mars 1891 à St-Dié-des-Vosges. Comme Rimbaud, Goll est un poète dont la vie errante traverse les mouvements d'éclosion de la poésie moderne.

Après des études, en allemand, de droit, d'histoire de l'art, de littérature et de philosophie, il se lie à l'expressionnisme berlinois, publiant poèmes et manifestes donnant la primauté à la vie et l'éthique sur l'esthétique.

Très tôt, il est critique de son oeuvre et réécrit ou détruit ses poèmes; ainsi Le Canal de Panama est publié en 5 versions.En 1914, pour échapper à la conscription allemande, il se réfugie en Suisse, publie Elégies Internationales, pamphlet contre cette guerre et rencontre Claire Studer qu'il épouse à Paris en 1921.
Il est pacifiste militant aux côtés de Romain Rolland, Pierre Jean Jouve, Stefan Zweig, James Joyce,... et dès la fin de la guerre fait paraître deux anthologies de poètes français et allemands pacifistes.

A Paris (1919), Goll traduit en allemand l'Ulysse de Joyce et L'Or de Cendrars. Il voyage beaucoup (Angleterre, Suisse, Italie), assiste aux répétitions de ses pièces de théâtre (Mathusalem ou l'éternel bourgeois, Celui-qui-ne-meurt-pas, etc - théâtre qui annonce le théâtre de l'absurde).

La grande misère de la France

Nous n'irons plus au bois ma belle
Les lauriers sont coupés les ponts
Aussi : les arcs-en-ciel
Et même le pont d'Avignon

Jeanne d'Arc mortelle statue
Un peu de bronze ensanglanté
Dans cette France qui s'est tue
Ton cœur a cessé de chanter

Jeanne dans sa jupe de bure
Assise sous les framboisiers
Se prépare une confiture
Avec du sang de cuirassiers

La poule noire des nuages
Pond les œufs pourris de la mort
Les coqs éplumés des villages
N'annoncent que les vents du Nord

Car l'aube avait du plomb dans l'aile
Et le soleil est un obus
Qui fait sauter les citadelles
Et les lilas sur les talus

Le ciel de France est noirci d'aigles
De lémures et de corbeaux
Ses soldats couchés dans les seigles
Ignorent qu'ils sont des héros

Ni Chartres, ni Rouen, ni Bruges
N'ont assez d'anges dans leurs tours
Pour lutter contre le déluge
Et les escadres de vautours

Taureau chassé des pâturages
Et du silence paternel
Devant la pourpre de l'outrage
Perd tout son sang au grand soleil

Il perd son sang par ses fontaines
Par ses veines par ses ruisseaux
Il perd son sang par l'Oise et l'Aisne
Par ses jets d'eau par ses naseaux

Les douze sœurs de ses rivières
Aux bras cambrés aux nœuds coulants
Dénouent leurs lacets et lanières
Pour se jeter à l'océan

Buvez buvez guerriers ivrognes
Les vins fermentés de la peur
Les sangs tournés de la Bourgogne
Les alcools amers du malheur

Les bières gueuses de la Meuse
Et les vins platinés du Rhin
Les sources saintes des Chartreuses
Et les absinthes du chagrin

Les larmes qui de chaque porte
Ont débordé sur le pays
Les eaux de vie et les eaux mortes
Grisantes comme le vin gris

Nous n'irons plus au bois ma belle
Les lauriers sont coupés les ponts
Aussi : les arcs-en-ciel
Et même le Pont d'Avignon.